Ce matin/après-midi/soir, vous surfez d'un air nonchalant sur le Web sans vous doutez qu'en cliquant sur un lien, plus ou moins au hasard, vous allez tomber sur cette page. Cette page même où vous êtes en train de contempler ce Blog qui raconte ma vie. Vous vous disiez "tiens, voyons voir si ya des nouveautés sur sa malheureuse vie." sans vous doutez que !
Que aujourd'hui, ce n'est pas un épisode ordinaire, puisque dans cet épisode, je ne vais pas raconter mes malheurs mais bien un épisode sympathique de ma misérable et patéthique existence !
Si si, ça existe !
Alors, en avant !
"Le jour où j'ai rencontré des gens qui étaient dans la même merde que moi"
Or donc, le mardi qui suivit l'épisode précédent, je m'étais mis en tête de laver mon linge sale en public. Dans une laverie automatique.
Et ce, entre midi et deux.
J'étais donc descendu avec mon linge sale sur l'épaule, à pieds, puisque, rappelez vous, mon vélo est en réparation.
Je dispose de 2 heures de pause.
Afin de prévoir à toute éventualité, j'ai de la monnaie, des tickets restaurants pour manger, de l'eau, des serviettes en papier, un bon bouquin ("Good Omens" par Terry Pratchett et Neil Gaiman, un superbe bouquin) et de la lessive.
L'emploi du temps était simple :
-amener le linge se faire laver
-aller chercher la pizza là où j'avais manger avec ma mère le samedi
-aller manger ma pizza à la laverie
-faire sécher mon linge
-finir ma pause en lisant mon bouquin devant la bibliothèque
En théorie seulement.
Puisque je n'avais pas prévu que...
En arrivant à la laverie, juste à coté du marchand de vélos fermé le samedi, je me rendis compte que toutes les machines étaient occupées.
Scrogneugneu ! Grumpf !
Bon, ca chamboule tout ça !
Du coup, je me résigne et vais chercher ma pizza.
Mais !
Car il y a toujours un "mais" !
Mais, en sortant et en passant devant le magasin de vélos, mes écouteurs vissés à fond dans les oreilles où une compagnie de bras cassés multicolores (un père Vert, un nain bleu, un élémentaliste rouge, un demi-démon neutre et une tafiole) fait des jeux de mots vaseux, je vois un vieillard (enfin, plus vieux que moi quoi) affublé d'un casque de vélo, d'un par-dessus jaune à bandes argentées et d'un cycliste (pas un mec, un de ses vêtements totalement ridicules qui met en valeur les formes de vos jambes) noir. Je le vois ouvrir les lèvres en ma direction. En bonne âme, j'enlève un des écouteurs et tend mon oreille.
Je surprend deux-trois mots que je ne comprends pas.
J'enleve l'autre écouteur et passe mon cerveau en mode "bilingue".
Surprise ! Mon interlocuteur parle anglais !
Pour simplifier votre compréhension (oui, vous public !) toutes les conversations seront retranscrites en français.
"Euh, dites moi, est ce qu'il y a un autre magasin de vélo ?"
Bon sang ! Eux aussi seraient dans la mârde ?
Je ne peux pas laisser des compatriotes de problèmes de vélo dans le besoin !
J'arrive à comprendre que lui et son ami, qui était dans un coin à demander je ne sais trop quoi à je ne sais trop qui, ont un pneu à plat et ont besoin d'une pompe à vélo. Franchement, faire autant de vélo sans avoir une pompe, c'est pas acceptable.
Je leur explique que oui, ce magasin est fermé entre midi et deux, et que si ils veulent, je peux toujours les conduire à un autre magasin de vélo, mais je sais que lui aussi sera fermé entre midi et deux.
Bien décidés à sortir de leurs problèmes, ils me demandent de m'indiquer le chemin.
Moi, je réfléchis (oui, ça m'arrive) : j'ai rien à faire, il faut que j'attende que la laverie automatique se libère, et j'ai l'occasion d'améliorer mon anglais.
Je propose donc que, plutôt de leur indiquer la route à travers les sombres ruelles de Millau, de les conduire directement jusque là-bas.
Le sourire aux lèvres, ils acceptent.
Du coup, sur la route, on discute.
J'apprends qu'ils viennent de l'Oregon, aux Etats-Unis.
J'apprends qu'ils font du vélo un peu de partout.
J'apprends qu'ils vont en Allemagne, à Hambourg.
Du coup moi j'essaye de leur faire comprendre que je suis ici en stage (bon sang, comment on dit ça ??) que je viens du Jura (qui est devenu la Suisse du coup, beaucoup plus facile à comprendre pour eux) que je bosse à la Bibliothèque et que moi aussi j'ai des problèmes avec mon vélo.
Et on passe à travers toutes les petites rues, j'essaye de faire une petite visite guidée avec mes maigres connaissances de la ville.
Et on arrive au fameux magasin.
Les horaires affichées en font que me conforter dans ce que je leur disait.
Je m'apprête à partir après avoir reçu de chaleureux remerciements quand ils me demandent encore un service.
Ils doivent retrouver leurs femmes quelque part.
Il faut que je leur indique la rivière (le Tarn, une rivière ... Tss !) et de là, ils se débrouilleront.
J'essaye d'expliquer à peu près quand soudain ! La porte du magasin s'ouvre !
Je reconnait le mec qui a receptionné mon vélo quelques jours auparavant.
"Dites, euh, vous êtes pas fermés ?
-Ben, on va fermer en fait.
-Vous voulez pas donner un coup de main à ces messieurs ? Ils ont juste besoin d'une pompe à vélo ...
-Ben, euh, juste ça ouais."
Les américains ont a peu près compris et ont le sourire jusqu'aux oreilles.
J'ai encore droit à des remerciements et ils rentrent dans le magasin. Moi, je vais chercher ma pizza.
Je lance un coup d'oeil au mec.
"Vous parlez anglais ?
-Euh non ...
-Vous voulez que je vous fasse la traduction ?
-Euh oui, je veux bien ..."
On est reparti comme en 40 !
J'explique donc le problème au mec qui leur vend une pompe à vélo.
J'entends ensuite les américains baragouiner je ne sais trop quoi.
Le sourire du vendeur s'illumine.
"La, j'ai compris, ils veulent une chambre à air."
Si tu le dis mon gars ...
Moi j'en profite pour me renseigner sur mon propre vélo.
Prêt comme convenu mercredi soir.
En sortant, les américains continuent de me remercier.
Ils me demandent donc de les aider à trouver la rivière, un endroit à partir duquel ils pourront trouver leurs femmes.
Ils me tendent un papier recouvert d'instructions imprimées, déatillées, indiquant un itinéraire à vélo.
Je me rend compte qu'ils viennent d'un hotel... à Creissels !
Dedjou !
Des presque-compatriotes !
Bon, je me rends compte que le plus pratique, vu où on est, est de les amener Place du Mandarous, la principale place de la ville, à partir delaquelle ils pourront se diriger.
On repart donc par les petites rues de la ville, ils s'étonnent d'ailleurs que les rues sont vachement propres. J'ai peur des rues de l'Oregon depuis.
En arrivant à proximité de la bibliothèque, nous passons devant pas mal de magasins, qui sont tous fermés entre midi et deux, chose qui parait totalement impossible pour mes nouveaux amis.
Nous arrivons donc devant la bibliothèque, je ne peux pas m'empecher de lacher un petit "ca, c'est la bibliothèque ! C'est là où je travaille !". Bon, le batiment est enorme mais la bibliothèque en occupe qu'une infime partie, mais ça, je leur dit pas.
En passant devant, ils essayent de prononcer mon prénom.
Ce prénom si beau et si délicat est devenu un gargouillis incompréhensible.
Du coup je fais comme avec les gosses ...
"Dites 'Gui'.
-'Gui'.
-Dites 'ille'.
-'Ille'.
-Dites 'Om'.
-'Om'.
-Guillaume.
-Gouilheomeuh.
-Ca va à peu près."
Et il faut savoir que la Bibliothèque est juste à coté de cette fameuse place donc on a fait que quelques mètres en plus.
Et en voyant la Place avec son magnifique jet d'eau et ses magnifiques fleurs aussi multicolores que les ailes d'un papillon arc-en-ciel, mes américains ont fait un "aaaaah !! Great !". Moi j'etais persuadé que ce cri de joie était du au fait qu'ils n'avaient jamais rien vu d'aussi beau de toute leur vie. J'allais faire plaisir au Maire en lui racontant ça tiens.
Et bien non !
En fait c'est juste pasqu'ils connaissaient et que du coup ils savaient où ils étaient.
Ils m'ont donc encore une fois remerciés bien chaleureusement, on a serré des mains (purée, je me suis senti une vraie star parmis ses fans ! J'ai été remercié par deux personnes, mince ! C'est un évenement pour moi ), on a bien rigolé, et ils ont enfourchés leurs bolides et sont partis.
Je ne les ai plus jamais revu.
Enfin si.
Ils ont fait demi-tour, donc je les ai revu 30 secondes après, pis on s'est fait coucou, comme de vieux amis.
Je pourrais le dire, quand j'irais aux Etats Unis, que j'ai aidé Robert et Ray (prononcez Wobewrteuh et Wayyyyy) de l'Oregon lorsqu'ils etaient à Millau.
Et j'en suis fier nom de Dieux !
En tout cas, ca a fait une journée où je me suis senti utile.
Et rien que ca, ca vaut le coup.
Sinon, j'ai bien fini par laver mon linge, si il y en a que ça interesse encore.
PS : bon, le stage se finit, se qui veut dire plein de boulot a faire donc moins de temps à consacrer à mes loisirs ...
Les Péripéties sont donc suspendues un moment.
J'ecrit toujours quand j'ai un peu le temps mais faut compter avoir plein d'épisodes d'ici le 3 juin...
Merci de vos encouragements ^^